Pour nous aider...

ponlok thmei

...Témoignage d'une volontaire en 2010/2011...

Voici le rapport de mon année (août 2010 – août 2011) en tant qu’infirmière pour Nouvelles Pousses.

  • Rapport avec les médecins

Il n’est pas toujours évident de travailler avec les médecins dans les hôpitaux.

Premièrement, parce que nous arrivons en tant qu’accompagnant (étranger qui plus est) des patients et n’avons donc en soit rien à dire quand à la prise en charge de ces personnes une fois à l’hôpital.

Deuxièmement, parce que les médecins ne sont pas tous compétents et qu’il faut souvent contrôler tout ce qui est fait afin d’être sûr que tous les examens demandés sont utiles, que le nécessaire et le maximum sont faits, ...

Il m’a donc fallu ajuster ma mentalité d’occidentale à celle des médecins khmers avec force de patience sans pour autant hésiter à faire ce qu’il fallait pour obtenir ce dont mes patients avaient besoin.

Il faut savoir aussi que la corruption existe même dans le milieu médical. J’ai donc dû faire attention à ne pas oublier de demander une facture pour chaque geste effectué.

  • Rapport avec les hôpitaux

J’ai rapidement constaté que les hôpitaux de Phnom Penh n’avaient pas les moyens de nos hôpitaux français. Cela a parfois posé des problèmes puisque nous ne savions pas toujours où envoyer les patients lorsqu’ils avaient besoin de consultations poussées ou d’examens divers. Mais cela permet également de se concentrer sur l’essentiel, sur les symptômes qui peuvent souvent se traiter sans examens complémentaires.

Nous avons également décidé de ne plus envoyer de patients à l’Hôpital Russe suite à des dysfonctionnements constatés. Et nous collaborons avec le centre des malades de l’Eglise lorsque nous avons des patients ayant besoin d’une opération puisqu’il a un accord avec l’Hôpital Kosamak, permettant des frais moindres.

  • Rapport avec les patients

Une fois des bases de khmer acquises, j’ai beaucoup apprécié de pouvoir parler avec les différentes familles que je voyais en consultation ou chez elles. Et j’ai pu voir que je n’étais pas là seulement pour leur prodiguer des soins mais surtout pour être à leur écoute, pour être une présence attentive même sans pouvoir apporter de solutions à leurs problèmes.

Par contre, il est souvent difficile de les convaincre de l’importance d’une opération. Plusieurs personnes ont refusé d’aller à l’hôpital, ce qui était la meilleure solution pour leur problème de santé. De même, elles pensent souvent que les médicaments guérissent tout. Renvoyer une personne chez elle sans médicament revient à ne pas l’avoir soignée. Il est donc nécessaire d’expliquer les raisons d’un traitement médicamenteux, chirurgical ou d’un non traitement à une personne.

Et il faut savoir agir au mieux pour la personne, dans son intérêt et non dans l’optique de la soigner à tout prix. Il est important (mais pas toujours évident !) de prendre en compte ce que souhaite la personne et sa famille même si cela va à l’encontre de la prise en charge à laquelle le soignant pouvait initialement penser.

  • Pharmacie et médicaments

Les médicaments coûtent cher et nous en utilisons beaucoup. Nous sommes donc heureux quand nous pouvons, d’une manière ou d’une autre, récupérer des médicaments (non périmés). La pharmacienne chez qui nous nous approvisionnons généralement fait attention aux prix et nous conseille les médicaments les moins chers.

Nous avions eu, avec Anne-Marie, une piste pour collaborer avec un laboratoire

pharmaceutique mais cela n’a rien donné.

Les médicaments que j’ai le plus utilisés sont : les antibiotiques (amoxicilline, augmentin, pyostacine), les anti-inflammatoires (ibuprofène), les antalgiques (paracétamol), quelques médicaments ORL (pastilles pour la gorge, traitement pour le rhume) et des médicaments pour les douleurs d’estomac (maalox, débridat, oméprazole).

Il ne sert à rien de donner des médicaments en trop longue durée (sauf indications particulières) puisque souvent, les patients vont rapidement arrêter le traitement.

  •  Formation et développement

Fin 2010, après une réunion sur le thème de la santé avec différentes associations, je me suis dit qu’il serait bien que les patients aient un carnet de santé nous permettant un meilleur suivi médical. Mais avec Anne-Marie, nous ne voyions pas très bien de quelle manière mettre ça en place puisqu’il nous fallait quelque chose de simple, avec les renseignements nécessaires pour chaque personne et qui ne se perdrait pas. Finalement, j’ai mis en place des fiches de consultations que nous conservons dans des classeurs (un pour Lvea Em et un pour Kandal Steung). Sur ces fiches, nous retrouvons, outre l’identité du patient, les dates auxquelles il a été vu, les raisons de sa venue et les traitements qu’il a reçus ainsi que d’éventuels rendez-vous à l’hôpital. Ces fiches nous sont bien utiles pour évaluer les traitements donnés et améliorer la prise en charge des patients.

En juin 2011, nous avons commencé, avec Sinoeut, de petites formations à l’hygiène dans les villages. Notre but était de parler de l’hygiène de vie, de l’hygiène corporelle aux personnes et de l’impact de l’hygiène sur la santé. Nous nous sommes adressées à des femmes dans les villages de Krain Sbov, Préapout, Kong Noy et Thmey, district de Kandal Steung. Je pense que nous avons réussi à les toucher mais qu’il ne faudra pas hésiter à leur en retoucher un mot lors des visites médicales. J’espère qu’Anne-Sophie pourra continuer ces formations dans les autres villages.

  • Mon ressenti

Je voudrais remercier Nouvelles Pousses de m’avoir confié cette responsabilité qui m’a beaucoup apporté. Ce n’est pas un rôle toujours évident et il y a des moments difficiles mais ce fut une année riche autant au point de vue professionnel qu’au point de vue humain.

Je suis arrivée sans idées précises sur ce que j’allais devoir faire et ouverte à toutes propositions. J’avais quand même au fond de moi, plus ou moins consciemment, l’envie de sauver tout le monde et d’apporter beaucoup. Au fil du temps, j’ai pris conscience que je recevais plus que je n’apporterais jamais et que je ne pourrais pas sauver tout le monde. Mais surtout, j’ai réalisé que le peu (ou ce que j’estimais peu) que je pouvais faire ou apporter était en fait beaucoup et que la seule chose vraiment importante est d’être là, présente, et de faire son maximum, à la hauteur de ses possibilités.

Ma remplaçante, Anne-Sophie, est arrivée un mois et demi avant mon départ, ce qui nous a permis un long temps de passation. Je ne me fais aucun souci pour elle ni pour Nouvelles Pousses durant son temps de mission.

  •  Solutions

Ce n’est pas facile de réfléchir à des solutions viables et réalisables pour remplacer le volontaire santé de l’association.

Je pense qu’il faut déjà former les patients sur l’hygiène, le corps humain, la santé afin de diminuer les problèmes de santé.

Il est difficile pour Touch de refuser des personnes mais il est également difficile pour la personne qui consulte de se retrouver avec 40 personnes à voir. Il faudrait que les malades prennent l’habitude d’aller au centre de santé (surtout pour de « simples » maladies comme les rhumes, grippes, angine ou fièvre légère) même si celui-ci n’est pas optimum. En effet, si personne n’utilise ces centres, rien ne sera fait pour les améliorer.

La pastorale santé du Diocèse de Phnom Penh a mis en place des référents santé dans plusieurs villages. Ces personnes ont reçu une formation d’une dizaine de jours et sont ainsi capables de rediriger les malades vers un centre de santé, un hôpital qui convient à leur problème. C’est un travail certainement de longue haleine. Mais peut être est-ce envisageable pour les deux secteurs que nous avons en charge ?

Pour les patients suivis en cardiologie et en diabétologie, trouver une association pouvant les prendre en charge permettrait de soulager les finances de Nouvelles Pousses.

Ombeline de Roquefeuil

Août 2011 

...Témoignage d'une Volontaire en 2009/2010

Bonjour à tous,

Ma mission a continué de manière bien intense avec comme point névralgique nos consultations hebdomadaires.

De ces consultations découle toute la semaine avec toujours des surprises si bien qu'après presque un an, je suis incapable de fournir un emploi du temps fixe.

En effet au détour des consultations, plusieurs activités se déclinent :

  • nous avons essayé de maintenir le rythme d'une seconde visite par semaine avec Touch, où nous revoyons chez eux les patients pour qui nous estimons qu'il est nécessaire d'effectuer un contrôle médical ou un suivi.
  • Par ailleurs il y a tous les patients à amener en consultations spécialisées, les diabétiques et les malades cardiaques certes, mais aussi tous les patients pour lesquels j'ai besoin d'examens complémentaires (radio, écho…)
  • Il y a aussi les gens à amener à l'hôpital pour une hospitalisation plus longue. Ceci nécessite de rencontrer et d'échanger avec les médecins khmers pour optimiser la prise en charge, même si cela reste parfois bien délicat…
  • Par ailleurs, je vais régulièrement voir nos patients chez eux pour m'assurer de leur suivi médical et adapter les traitements inaugurés, ce qui est bien souvent l’occasion de voir et d’examiner tout le voisinage !!!
  • Enfin nous avons avec Sinoeut entrepris des matinées de « contraception-éducation sexuelle » auprès des femmes. Nous avons tenu au rythme d'une matinée par semaine environ jusqu'au mois d'août où Sinoeut est partie en formation, et nous allons essayer de remettre cela au goût du jour pour poursuivre ce projet avec l'aide d'Ombeline après mon départ.

En effet, ces moments sont riches pour chacune car ils sont l'occasion pour les femmes de poser des questions très personnelles et de se retrouver pour parler de ce qui leur pose problème. En plus Sinoeut nous mène ça d'une main de maître, elle est très à l'aise et très appréciée des femmes et permet une entrée en contact très simple.

Quelques nouvelles plus précises après ces généralités. Pas mal de mauvaises nouvelles nous ont tous beaucoup affectés ces derniers mois…

  • Le décès de Som Thon morte d'un cancer intestinal et généralisé.
  • Le décès de la femme de Chon Path morte brutalement un mois après avoir donné vie à une petite Srey Nita. Nous n'avons pas pu avoir d'explications à ce décès survenu lors d'une hospitalisation de sa fille.
  • Cette même Srey Nita qui est très probablement atteinte de la même maladie hépatique que sa grande sœur Bopha, morte en novembre dernier. Ne pouvant être gardée par son papa, elle a été placée chez les sœurs de la charité sur Monivong.
  • Le décès également de Hong Horl, un homme de 62 ans pour qui nous avions après réflexion accepté la pose d'un pace maker qui devait lui offrir 10 ans au moins de vie tranquille mais qui est mort des suites d'une tuberculose compliquée. Ce genre de patient nous pose pas mal de problèmes car il est toujours très difficile de savoir où s'arrêter dans l'escalade thérapeutique (non pas comme en France à cause de problèmes éthiques mais parce qu'on ne sait jamais trop à quelle sauce les hôpitaux khmers vont nous manger, surtout du point de vue financier et comment dire non quand c'est une vie qui est en jeu !!!)
  • Ce monsieur de Kdey Kandal , âge de 36 ans chez qui on vient de découvrir un cancer du pancréas et pour qui on ne peut rien faire de plus que de le soulager à notre mesure

Des nouvelles dures donc mais qui font partie du quotidien, qui sont aussi le lieu de très belles rencontres mutuelles et qui sont heureusement contrebalancées par des faits plus joyeux :

Des gens dont l'état s'améliore très nettement, des enfants pris en charge par la "Chaîne de l' espoir" et qui sont sur liste d'attente pour une opération cardiaque, des gens opérés de malformations gratuitement a l'hôpital Kling Kleang, ce jeune garçon de 12 ans à qui on a pu offrir un fauteuil roulant grâce au soutien d'une autre ONG…. et j'en passe . Quelques très jolies victoires donc!

Et puis une autre grande nouvelle et non la moindre, c'est l'arrivée d'Ombeline parmi nous il y a 2 semaines.

Ombeline est infirmière et c'est elle qui me remplacera l'année prochaine.

Le fait qu'elle soit infirmière nous amène à revoir un petit peu l'organisation du pôle santé et nous avons pensé qu'il serait peut-être bon de nous rapprocher de grosses structures ou ONG existantes pour avoir l'aide d'un médecin plus facilement.

C'est avec le cœur très lourd que je vais quitter ce si beau pays mais très heureuse de tout ce que j'y ai vécu, très heureuse d'avoir découvert Nouvelles Pousses, enrichie dans mon expérience professionnelle et surtout heureuse de voir l'aventure se continuer.

Encore une fois merci et à très bientôt

Béatrice.

Le 8 septembre 2010